par Brendan O'Boyle, Luciana Magalhaes et Rodrigo Viga Gaier
BRASILIA/SAO PAULO/RIO DE JANEIRO, 5 octobre (Reuters) - L e sénateur de droite Flavio Bolsonaro est en tête du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil, montrent les résultats partiels publiés dimanche soir, après une campagne marquée par des scandales de corruption, l'inquiétude à propos du coût de la vie et des accusations d'ingérence américaine.
Après dépouillement d'environ 64,8% des bulletins, le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro devance le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva avec 49,58% des suffrages contre 42,25%.
Cette avance peut s'expliquer en partie par les décomptes effectués plus rapidement dans des Etats du sud du pays où les électeurs sont considérés plutôt favorables à Flavio Bolsonaro. Les Etats du nord du Brésil communiquent traditionnellement leurs résultats plus tardivement.
Si aucun des candidats ne franchit le seuil de 50% des voix au premier tour, un second tour de scrutin sera organisé le 25 octobre.
De longue date, les enquêtes d'opinion dessinent la perspective d'un coude-à-coude au second tour entre Lula et Bolsonaro, les deux grands favoris parmi les 13 candidats en lice pour cette élection présidentielle. Une projection communiquée dimanche soir par l'institut de sondage Datafolha confirme ce scénario.
Une victoire de Flavio Bolsonaro viendrait amplifier la bascule à droite constatée à travers l'Amérique du Sud, avec les succès de candidats conservateurs alignés sur la politique du président américain Donald Trump. A l'inverse, une réélection de Lula pourrait représenter une épine dans le pied de Washington, qui est en conflit avec l'actuelle administration de Brasilia sur des questions commerciales et sécuritaires.
BOLSONARO COMPTE SUR UN "VOTE DE PROTESTATION"
En dépit d'inquiétudes croissantes au Brésil à propos de l'état des finances publiques et de la faiblesse de la croissance économique, la campagne n'a pas donné lieu à de réels débats politiques, Lula et Flavio Bolsonaro ayant tous deux fait l'impasse sur les principaux débats télévisés.
Alors que des sondages donnaient samedi Lula en tête des intentions de vote au premier tour mais sans atteindre le seuil de 50% des suffrages, Flavio Bolsonaro a déclaré à des journalistes à Rio de Janeiro être confiant en sa capacité à remporter le scrutin sans avoir besoin d'un second tour, citant la frustration des électeurs à l'égard du président sortant.
Il a dit compter sur "un vote de protestation" de la part de personnes qui auraient traditionnellement privilégié un autre candidat que lui "mais qui sont opposées à Lula".
Thaise Lima, avocate de 41 ans, a exprimé sa volonté de voir le Parti des travailleurs (PT) de Lula quitter le pouvoir. "Je ne pense pas que Flavio soit le meilleur candidat", a-t-elle dit au moment de se rendre aux urnes à Sao Paulo, "mais je pourrais décider de voter pour lui dans les prochaines minutes". Elle a dit qu'elle aurait espéré qu'Augusto Cury, psychiatre et écrivain, soit un candidat plus qualifié.
Des alliés de Lula ont prévenu du risque que les Etats-Unis décident de ne pas reconnaître les résultats électoraux si le dirigeant de gauche venait à l'emporter. "Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du Brésil", a dit Lula après avoir voté à Sao Bernardo do Campo, dans l'Etat de Sao Paulo.
PROTÉGER LA "SOUVERAINETÉ NATIONALE"
Bien que Donald Trump n'a pas formellement soutenu un candidat, il a reçu Flavio Bolsonaro à la Maison blanche et a fait l'éloge de celui-ci. Le président américain s'est également offusqué l'an dernier de la condamnation de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d'Etat.
Cristiano, médecin âgé de 34 ans qui réside à Brasilia et a préféré ne pas communiquer son nom de famille, a dit être "un peu inquiet de tout ce qui s'est passé dernièrement, notamment sur le plan international". "J'ai l'impression qu'il y a eu beaucoup d'influence venue de l'extérieur, plus que lors d'élections précédentes", a-t-il ajouté, indiquant avoir choisi de voter pour Lula.
"Nous avons confiance en notre président Lula, qui se battra pour la souveraineté nationale", a déclaré pour sa part Pedro Palacio, 45 ans, qui s'est rendu avec son épouse, leurs deux enfants et leurs deux chiens dans un bureau de vote de Brasilia. Tous étaient vêtus de tenues à l'effigie du président sortant.
Le scrutin s'est déroulé normalement, a déclaré dimanche après-midi le chef du tribunal électoral national. "Les équipes qui surveillent les risques internationaux n'ont pas identifié de quelconques risques", a dit Kassio Nunes Marques lors d'une conférence de presse.
Reuters a rapporté la semaine dernière que des représentants des services brésiliens du renseignement ont informé des délégations française et allemande d'ingérences américaines et russes présumées en amont de l'élection présidentielle. Washington a nié toute inférence dans les affaires du Brésil.
SOUS LES NUAGES D'UN NOUVEAU SCANDALE
Malgré le recul des inégalités et du chômage, Lula a peiné à convaincre les électeurs durant la campagne, en raison notamment du coût élevé de la vie et de la criminalité.
Flavio Bolsonaro a cherché à profiter du mécontentement de la population à propos de l'inflation.
Le vainqueur du scrutin devra s'atteler à réduire la dette publique, qui a dépassé les 82% du produit intérieur brut (PIB) du Brésil. La prévision de croissance économique a été revue à la baisse pour cette année, à seulement 2%, et pour 2027, à 2,3%.
Outre les questions politiques, la campagne a été marquée un scandale impliquant la Banco Master, établissement financier aujourd'hui disparu, qui ravivé la colère de l'opinion publique à l'encontre du personnel politique et de la corruption.
Daniel Vorcano, qui dirigeait la banque, a été arrêté plus tôt cette année pour des accusations de fraude présumée portant sur plusieurs milliards de dollars. L'enquête a porté notamment sur les liens de Vorcano avec des personnalités influentes, dont Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême du Brésil, et Flavio Bolsonaro.
Alexandre de Moraes, qui est perçu comme un allié de Lula, a dénoncé des manoeuvres politiques en raison de son rôle dans la condamnation de Jair Bolsonaro.
Flavio Bolsonaro, visé par une enquête de la police fédérale pour des soupçons de blanchiment d'argent en lien avec cette affaire, nie toute inconduite. Il a toutefois confirmé avoir levé plusieurs millions de dollars auprès de Daniel Vorcano afin de financer un film sur son père Jair.
En parallèle à l'élection présidentielle, les Brésiliens étaient appelés dimanche à voter au premier tour des législatives pour renouveler l'ensemble de la Chambre des députés, qui compte 513 sièges, et les deux tiers du Sénat.
(Lisandra Paraguassu, Brendan O'Boyle, Ricardo Brito et Marcela Ayres à Brasilia, Luciana Magalhaes, Oliver Griffin et Fernando Cardoso à Sao Paulo, Rodrigo Viga Gaier à Rio de Janeiro; version française Jean Terzian)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer